Séjour et Plongée

Langage chorégraphique en Maison d’Accueil Spécialisée

Un projet de Mathilde Olivares (cie zzz)

Note d’intention


Ma première rencontre avec les résidents et les accompagnants de la Maison d’Accueil Spécialisé Maud Mannoni s’est faite en visionnant des images du film à l’infini d’Edmond Carrère. En regardant ces extraits, mon attention s’est tout de suite portée sur le rapport que les résidents entretiennent avec le corps, leurs corps. J’ai immédiatement perçu une poétique, une source de création. J’ai vu une beauté des corps se déplaçant dans les couloirs, marchant, se touchant eux-mêmes, touchant le personnel soignant, l’espace.


D’emblée mon approche était plus esthétique (relevant d’un partage du sensible) que sociale, percevant des qualités spécifiques de relation au monde pour moi à l’origine de tout mouvement dansé. Le déploiement corporel de ces singularités sensibles, indomptables, incompréhensibles m’a frappé. Tout ce qui semble guider leurs déplacements, leurs prises de paroles, leurs relations aux autres échappe au sens commun et pourtant un langage est possible, plus corporel que verbal sans doute. Peau contre peau, poids contre poids. J’ai vu des corps parlant une langue étrangère et sans cesse dans la vérification de leurs propres contours, de leurs propres existences. Des corps à la fois enfermés en eux-mêmes et ne se distinguant pas de leur environnement. Des monades closes sur elles-mêmes mais d’une extrême sensibilité et dépendance et aux autres.


J’ai donc vu de la danse à la M.A.S et j’ai pensé en proposer davantage.
Plus tard, je me suis rendu à la MAS suite à l’invitation de la psychologue institutionnelle Magali Larroque et du directeur Matthieu Sajous pour proposer un atelier de danse contemporaine à destination du personnel soignant de l’établissement. C’est à cette occasion que j’ai rencontré les résidents. Dès lors, mon souhait de mettre en place ce projet s’est renforcé, rendu possible par ce premier contact et l’enthousiasme de Magali Larroque et Matthieu Sajous.


D’une vision essentiellement esthétique, j’ai commencé à penser les implications plus concrètes et globales de ce projet de danse en maison d’accueil spécialisé, et tenté de mieux cerner les raisons pour lesquelles la danse aurait ici sa place et quel cadre poser pour l’amener.

Ainsi, en proposant cette intervention, je souhaite inverser le rapport d’adaptabilité, déplacer le lieu de création de la danse pour qu’elle existe dans la M.A.S et à partir de ses habitants et visiteurs. Il s’agit d’un projet artistique et non d’un projet d’art thérapie, la danse émergera peut-être, certain la reconnaîtront et d’autres pas. Car c’est bien par les regards croisés du spectateur et de l’artiste qu’un geste artistique se reconnaît comme tel.

Ce projet est pensé à partir d’une étroite collaboration avec Magali Larroque, Psychologue institutionnelle de la MAS, et Matthieu Sajous, directeur. Il est le résultat d’un désir commun, d’une écoute réciproque, et d’une sensibilité partagée.

Mathilde Olivares (extrait du dossier de production)